Aujourd’hui, on fait constamment appel à des systèmes métriques en tout genre pour juger et jauger tout ce qui nous entoure. Cela peut aller de la simple pizza qu’on commande le dimanche soir à la chambre d’hôtel de notre dernier séjour en vacances, en passant par les œuvres culturelles. 

De mémoire, c’est d’ailleurs là mon premier rapport à cette pratique, lorsque j’entendais les présentateurs télé de mon enfance, énoncer haut et fort le nombre d’entrées du film dont ils recevaient les acteurs, comme pour caractériser le succès de ce-dernier. 

Mais avec ces procédés omniprésents dans nos vies, peut-on vraiment s’y fier et sont-ils tous pertinents et prompt à juger qualitativement ?

Au cinéma ? 

De ma petite expérience de spectateur, la promotion du cinéma (surtout) français s’articule sur un manège de la “double promotion”.

Une première promotion qui se fait sur un travail de fond où on va notamment y trouver bande annonce, affiche, interviews en plateau… pour présenter la sortie prochaine des longs métrages dans les salles de cinéma.

Et une seconde, qui nous intéresse ici pour cette histoire de métriques, concernant la sortie en DVD des films. C’est lors de celle-ci que l’on va notamment entendre des phrases types du genre “votre film a fait XXX d’entrées, c’est un succès au box office !”

Et c’est là, à mon sens, le début des limites de ce métrique. Qui nous dit que sur ces XXX entrées, tous ont aimé le film ?
Ce qui était initialement une donnée permettant de calculer la répartition des recettes entre professionnels est devenu littéralement un argument de promotion. Et c’est à partir de ce moment que l’information devient biaisée puisque l’axe de communication retenu n’est plus le qualitatif de l'œuvre mais son quantitatif avec cette idée omniprésente : plus un film a de spectateurs et plus il mérite d’être vu.
S’initie alors même un cercle vertueux !
Intervient alors le vrai problème qui relèverait presque d’une équation quantique :

Un film en exploitation au cinéma, tant qu’il n’est pas vu, est potentiellement à la fois bon et mauvais. Il faut attendre de l’avoir visionné (et donc avoir payé et donc avoir déjà contribué de fait au succès du métrique box-office) pour avoir un avis éclairé et pertinent.

Alors certes, c’est pour ça que l’on différencie bien le succès commercial du succès critique… Mais d’une manière générale, on ne retient que le succès commercial pour estimer la qualité d’un film.

Dans le milieu de la musique ?

La musique est un domaine plus nuancé. Déjà, la méthode de consommation n’est absolument pas la même. Beaucoup plus accessible, la sortie d’un album est bien souvent portée par la diffusion de quelques titres de ce dernier en radio voire clip sur les chaînes spécialisées et les plateformes d’écoute en ligne sont de plus en plus abordables !
De fait, dans ce domaine artistique, on peut plus légitimement dire que le nombre d’écoutes peut être un indicateur de succès et de qualité d’une œuvre. 

Et ailleurs ? 

Ce point sera traité de manière plus vaste, certes, mais reprendra les principes vus précédemment.
Si on prend l’exemple de la restauration en livraison, pizzas, traiteurs, burgers ou autre… Que mesure t-on exactement lorsqu’on y met une note ? la qualité du produit ? Sa quantité ? le délai de livraison ?   

Si on tient compte de certains avis qu’on peut voir ça et là, c’est un peu tout à la fois on dirait bien... Comment alors être le plus juste possible en n’ayant qu’une échelle de 5 étoiles à disposition pour noter tous ces paramètres à la fois ?
Combien de fois avons-nous vu des notes très négatives à la 1 étoile ayant pour commentaire : “Trop d’attente, c’est inadmissible ! Mais sinon la pizza était excellente !”

Ce genre de limites tend quand même à s’atténuer, certains sites proposant plus qu’une valeur de note et permettant ainsi de noter non seulement la cuisine, mais aussi le service, le rapport qualité/prix etc….
Mais cette fois, d’un point de vue purement pratique, est-ce qu’un utilisateur prendrait “autant de temps” pour noter/différencier tous ces points ? 

Et de plus en plus, cette pratique vient littéralement régir notre vie de tous les jours : la prestation du technicien qui vient nous installer Internet, la personne du service client qui nous répond au téléphone, les commentaires YouTube. On baigne littéralement dans la notation !

En conséquence ? 

La conséquence d’un tel monde est… il ne peut y avoir que des premiers.
Totalement logique d’un point de vue mathématique mais vivre sous le joug de telles métriques ou plus précisément, dans l’ombre des premiers peut s’avérer très compliqué voire impossible. Certes on peut prendre cela au sens motivation de la chose et essayer de faire de son mieux pour se rapprocher des premiers ! Et on pourrait, au mieux, avoir une certaine forme d’équilibre. Mais il n’empêche que l’exposition qui en découle en est impactée. Qui s'embête à aller chercher un plombier en troisième page de Google ou le meilleur snack en deuxième page trip advisor ? 

Les métriques font partie intégrante de nos vies, ils ont leur avantages, ils ont leur limites...